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Patrimoine

L’archéologie à Québec

Place Royale

La place Royale occupe une portion de la pointe de Québec. Elle est établie sur une basse terrasse d’une élévation de 9 m environ au-dessus du niveau actuel des eaux. Il est possible que cette terrasse soit apparue il y a plus de 8 000 ans, mais elle a été longtemps soumise aux crues saisonnières et aux rehaussements intermittents du fleuve Saint-Laurent.

Le lieu a été de tout temps considéré comme stratégique. À cet endroit, le fleuve n’a que 1 km de largeur et la hauteur de la falaise par rapport au site varie entre 30 et 45 m. L'entaille naturelle de la côte de la Montagne relie directement la pointe au promontoire. Ces facteurs favorisent une surveillance vigilante et un contrôle militaire.

L’emplacement est exigu, mais bien drainé et facilement accessible par voie d’eau. Une baie abritée et une batture étroite facilitent l’accostage. L’hiver, la falaise fait obstacle aux vents du nord-ouest. Les occupants bénéficient à la fois de la richesse faunique du fleuve et de celle de l’estuaire de la rivière Saint-Charles.

Marché Finlay

La végétation

Samuel de Champlain (Brouage?, ? – Québec, 1635) écrit que la pointe de Québec est couverte de noyers. L’étude des charbons de bois et des restes végétaux révèle cependant la proximité d’une forêt plus diversifiée appartenant à l’érablière laurentienne. Dans les foyers préhistoriques, on a brûlé du noyer cendré, mais aussi du hêtre, de l’érable à sucre, du frêne noir, du bouleau et du sapin baumier. D’autres restes végétaux indiquent la présence du cenellier, du sureau, du merisier, du vinaigrier, du cornouiller à feuilles alternes, du cornouiller du Canada, de la vigne sauvage et de la salsepareille.

Organisation des campements préhistoriques

L’espace occupé durant la préhistoire était beaucoup plus vaste que la place Royale actuelle. L’été, le boisé favorisait l’ouverture de clairières bien abritées. L’hiver, l’endroit devait être considéré comme hostile et était probablement évité.

De nombreuses traces de piquets indiquent la construction d’habitations temporaires. On dénombre une centaine de foyers, dont certains sont contenus dans des dépressions. Les feux étaient allumés avec des briquets faits de pyrite de fer.

Activités quotidiennes

Des outils d’os et de pierre, des déchets culinaires, des vases, des pipes de pierre et de céramique ainsi que des ornements faits de différents matériaux reflètent la vie quotidienne. De plus, deux sépultures témoignent des rituels funéraires.

Outillage

Les Amérindiens qui se sont arrêtés à la pointe de Québec avaient recours à des outils faits de matériaux organiques et lithiques.

Outils en matériaux organiques

Les outils en andouiller comprennent des pointes et des préhampes de harpons servant pour la chasse aux mammifères marins ainsi que divers objets en forme de poinçon, de spatule et de gorge.

On remarque une pointe et quelques fragments d’outils en os.

Les incisives de castor et de porc-épic ont vraisemblablement été utilisées pour travailler des matériaux relativement tendres comme le bois. Elles devaient être emmanchées dans des gaines en bois ou en os qui se sont décomposées. Une canine d’ours noir aurait été employée comme poussoir.

Outils lithiques

Parmi les outils taillés figurent des pointes de projectile, des grattoirs, des lames bifaciales, des pièces esquillées et des éclats utilisés. À cela s’ajoutent près de 25 000 déchets de taille qui représentent diverses étapes du travail de la pierre.

Pointes de projectile.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Grattoirs de formes et de formats variés.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Hachette et fragment de hache.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Meule à main.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Alimentation

Les zooarchéologues ont identifié plus de 20 espèces de mammifères, dont le béluga et le phoque, 15 espèces de poissons, 6 espèces d’oiseaux, 5 espèces de tortues et 2 espèces d’amphibiens.

Les Amérindiens qui fréquentaient la pointe de Québec consommaient surtout des mammifères, notamment le castor, l’orignal et l’ours. Ils mangeaient aussi de l’anguille, de la barbue, de l’esturgeon, des poissons de la famille du meunier et des moules d’eau douce.

Quatorze grains de maïs carbonisés ont été recueillis. L’un d’eux se trouvait dans les remblais d’une sépulture datée au radiocarbone de 1235 (± 70 ans) de notre ère, ce qui laisse supposer que le maïs était alors présent dans la région. Les vases de céramique sont nombreux et étaient d’usage courant.

Sépultures

Deux sépultures ont été dégagées et leur datation se situe entre 1 000 et 700 ans AA (Sylvicole supérieur). La première fosse comprenait quatre enfants âgés de 0 à 6 ans. La deuxième regroupait six individus : deux femmes, deux hommes, un jeune enfant et un bébé. Les offrandes funéraires se résumaient à quelques colliers en perles de coquillage.

Perles de coquillage trouvées dans une sépulture, contexte 1 000-700 ans AA (Sylvicole supérieur).

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Objets divers

Quelques pipes de pierre et de céramique attestent l’usage du tabac. En plus des perles de coquillage associées aux sépultures, on compte une ébauche de perle en céramique, une perle en os, un pendentif en pierre ainsi qu’un objet en andouiller d’orignal qui pourrait être un bracelet.

Fragments de pipes en pierre.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Rencontre entre Français et Amérindiens sur la pointe de Québec

En 1608, Champlain observe que des Amérindiens viennent pêcher l’anguille à Québec. La saison débute vers le 15 septembre et prend fin un mois plus tard. L’anguille est consommée sur place et aussi mise à sécher. Les Amérindiens partent ensuite à la chasse au castor et reviennent à la mi-décembre à la pointe de Québec. Les premiers contacts entre Français et Amérindiens sont illustrés par des objets des deux cultures contenus dans une même couche de sol.

Perles de verre et de coquillage, contexte 1608-1624.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

Perles de verre, contexte 1608-1624.

Site historique et archéologique de l’Habitation-Samuel-De Champlain, collection archéologique de référence de Place-Royale, photographie Ville de Québec.

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