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Patrimoine

L’archéologie à Québec

Tannerie artisanale de la rue De Saint-Vallier

Situé du côté nord de la rue De Saint-Vallier, l’édifice construit vers 1774 par le tanneur Pierre Robitaille mesure 45 pieds (13,72 m) en bordure de cette rue sur 30 pieds (9,14 m) de profondeur. L’habitation occupe le rez-de-chaussée et donne sur la voie publique. La tannerie est logée au sous-sol et attenante à l’arrière-cour. Cette dernière présente une pente facilitant l’écoulement des eaux. À cause des rigueurs du climat, l’atelier abrite sans doute l’ensemble des opérations de tannage.

Reconstitution de la tannerie vers 1870, basée sur le plan des assureurs Sanborn de 1875, feuillet 16.

Plan Ville de Québec.

La tannerie Robitaille et Gauvreau (1774-1835)

À cette époque, la tannerie comporte une immense cavité creusée dans le roc qui contient des cuves. À l’ouest de cette dépression, le roc a été nivelé pour recevoir d’autres cuves; une canalisation passe sous les fondations du mur nord et facilite leur vidange. Les résidus provenant de cette canalisation contenaient de la chaux, ce qui laisse croire qu’elle a, entre autres, servi à évacuer le contenu des pelains. Un appentis pourvu d’un plancher en cèdre, qui aurait pu servir à l’entreposage, est adossé au coin nord-est de l’édifice.

Plans des vestiges

La tannerie de Jean-Baptiste Hallé (1835-1857)

Jean-Baptiste Hallé construit un bassin de trempage, ce qui entraîne l’abandon des installations précédentes. Les spécifications de l’acte d’achat de la tannerie indiquent qu’il se préoccupe de la qualité de l’eau nécessaire à son travail. Hallé acquiert aussi une bande de terrain au nord de sa propriété afin d’y implanter une nouvelle canalisation.

Le bassin de trempage occupe l’extrémité ouest de l’atelier. Il est destiné au travail de rivière, qui prépare les peaux au tannage proprement dit.

Formé d’une grande fosse de maçonnerie, ce bassin contenait dans sa partie nord une grande cuve rectangulaire en bois. Son pourtour était pavé de grandes pierres plates qui offraient aux ouvriers une aire de circulation pour manipuler et baratter les peaux immergées. Une légère inclinaison des pierres permettait à l’eau provenant des éclaboussures et de l’égouttement des peaux de retomber dans la fosse. Des arcs disposés dans les fondations de la tannerie assuraient l’écoulement de l’eau du sud vers le nord. Au nord, un panneau vertical mobile faisait fonction d’écluse, contrôlant le niveau de l’eau et la vidange du bassin.

Cuve du bassin de trempage. Une cuve semblable aurait été située plus au sud.

Photographie Ville de Québec.

 

La tannerie de François Patry (1857-1875)

Au moment où la tannerie Patry a été abandonnée, en 1875, elle aurait compris les installations suivantes :

  • le bassin de trempage, contenant deux grandes cuves, construit par Jean-Baptiste Hallé;
  • un groupe de cinq cuves rectangulaires en bois enfouies, à l’est du bassin de trempage, le long d’une fondation de maçonnerie;
  • deux autres cuves rectangulaires en bois enfouies encore plus à l’est;
  • deux cuves circulaires en bois hors sol.

Le groupe de cinq cuves aurait servi au confitage ou au tannage, tandis que les quatre autres auraient été utilisées pour diverses opérations de tannage. Le contenu des récipients devait être pompé ou écopé, car ils ne comportaient aucun dispositif de vidange.

L’acte de vente de la tannerie mentionnait, de plus, un fourneau et l’inventaire après décès de Patry une table de corroyage avec tréteaux.

Reconstitution hypothétique de l’intérieur de la tannerie de François Patry. Notez les bassins de trempage à gauche ainsi que les cuves enfouies et de surface à droite.

Illustration Ville de Québec.

Les techniques et la production de la tannerie Robitaille-Patry

Les résidus déposés dans les cuves ainsi que les déchets jetés dans l’arrière-cour renseignent sur la production de la tannerie Robitaille-Patry et sur les techniques utilisées.

Les restes de peaux et les ossements d’animaux démontrent que les artisans travaillaient surtout des peaux de bœuf, de veau et de mouton. Il est possible que du cuir de chèvre ait aussi été produit. On pouvait occasionnellement traiter des peaux de chien ou de loup, de cheval et de petits animaux à fourrure comme la loutre ou le pékan.

La tannerie utilisait de la chaux pour dépiler des peaux et de l’écorce de pruche broyée pour confectionner les tanins. Les artisans n’auraient pas eu recours au tannage à l’alun, même pour les peaux fragiles comme celle du mouton. Des traces de chaux sur certains ossements donnent à penser qu’ils étaient encore attachés aux peaux lors du dépilage. Des indices laissent croire qu’on élevait des poulets et on présume que leurs fientes entraient dans la composition des bains d’ammoniaque nécessaires au confitage.

Le nombre de pipes et de bouteilles trouvées dans l’atelier laisse supposer que les ouvriers fumaient à l’intérieur de la tannerie et que parfois ils y consommaient des boissons alcooliques.

Fragment d’un couteau de tanneur.

Tannerie Robitaille-Patry, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Ville de Québec.

Les déchets de tannerie du site des potiers Poitras

Des déchets de production provenant sans doute de la tannerie Robitaille-Patry ont été découverts sur le site des potiers Poitras, lors de la rénovation du complexe Méduse. L’analyse zooarchéologique indique que 92,4 % des restes, qui comptent 596 ossements, proviennent du bœuf, dont les peaux étaient couramment tannées.

La presque totalité des ossements appartient à des parties pauvres en viande, dont l’extrémité des pattes, les phalanges, les vertèbres de la queue, généralement laissées avec la peau par le boucher ou l’agriculteur qui fournissait le tanneur. On note un grand nombre de cornillons, partie intérieure de la corne, caractéristiques de l’ossature des jeunes bœufs. L’absence de la partie extérieure permet de croire que le tanneur prélevait lui-même l’étui corné, destiné à la fabrication de divers articles utilitaires et décoratifs.

La présence de retailles de boutons montre que les restes osseux issus des boucheries et des tanneries pouvaient être transformés en produits finis. En Europe, on en faisait notamment, outre des boutons, des perles pour les chapelets, des peignes, des manches de couteau ou encore des pièces de jeu comme des dés et des dominos; ils entraient aussi dans la composition d’ouvrages de marqueterie.

La briqueterie Landron-Larchevêque et les ateliers de potiers de la rue De Saint-Vallier

Ces os étaient laissés avec les peaux par les bouchers ou les agriculteurs qui fournissaient les tanneurs. L’ensemble comprend des parties du squelette pauvres en viande et des cornillons, c’est-à-dire la partie restante de la corne une fois l’étui corné prélevé.

Tannerie Robitaille-Patry, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Marc-André Grenier.

Retailles de boutons et dominos en os. On ignore si les dominos ont été fabriqués localement.



Tannerie Robitaille-Patry, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Marc-André Grenier.

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