Québec, l'accent d'Amérique

Patrimoine

L’archéologie à Québec

Îlot Hunt

Avant le 17e siècle, le rivage au pied de la colline de Québec est pour les Amérindiens un lieu de passage, de rencontre et d’échange. Il faut cependant attendre l’arrivée des Européens pour que l’environnement subisse des transformations marquantes. La construction d’habitations et de quais, accompagnée de remblayages successifs, change profondément le paysage.

Plusieurs textes anciens font état de l’insalubrité de Québec. Les rues et les battures seraient encombrées de déchets de toutes sortes, générés par la présence humaine et par la libre circulation des animaux.

Mais la grève était-elle ce dépotoir public évoqué par les écrits?

Un dépotoir privé

L’archéologie confirme qu’à la fin du 17e siècle les battures du Saint-Laurent à l’îlot Hunt servent de dépôt d’ordures. Tessons de céramique et de verre, rejets d’ateliers, débris de construction, restes alimentaires, vidanges de latrines s’y accumulent. La présence de certains insectes dénote un environnement humide et une quantité importante de matières organiques, de bois et de denrées en décomposition.

Toutefois, il ne s’agirait pas d’un dépotoir public, mais plutôt d’un espace ouvert où se concentrent les déchets du voisinage immédiat. S’ajoutent des artéfacts et des écofacts déposés par les marées, le vent ou la pluie.

Un grand nombre de ces objets témoignent des activités pratiquées sur les lieux ou à proximité : chasse, pêche, commerce ou construction. D’autres sont des objets personnels perdus ou des marchandises échappées des cargaisons. D’autres encore ont été polis par l’eau et amenés par le jeu des marées. De plus, les matières fécales diminuent à mesure qu’on s’éloigne des habitations et de leurs latrines, ce qui indique une pollution locale.

Au 18e siècle, restes alimentaires et matières fécales sont moins abondants, ce qui laisse croire à une amélioration de la salubrité des berges. Québec se dote d’un réseau d’aqueduc et d’égouts au milieu du 19e siècle.

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Hameçon, pierres à fusil et plombs utilisés pour la chasse au petit gibier, contexte 1660-1700.

Îlot Hunt, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Ville de Québec.

Verres à tige, contexte 1660-1700.

Îlot Hunt, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Ville de Québec.

Faïences d’origine française, contexte 1750-1800.

Îlot Hunt, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Ville de Québec.

Fragments de tissu, plumes, poils, étoupe, copeaux de bois, contexte 1660-1700.

Îlot Hunt, collections archéologiques de la Ville de Québec, photographie Ville de Québec.

Les végétaux, reflet du paysage ancien

L’îlot Hunt est à l’origine une plage sablonneuse située dans la zone des marées d’eau douce du fleuve Saint-Laurent et bordée par la falaise. La végétation du lieu comporte des plantes, arbustes et arbres indigènes caractéristiques des battures fluviales (carex, scirpe, bident, lycopode d’Amérique) et des escarpements rocheux (conifères et autres).

Modification de l’écosystème

Dès le 17e siècle, les activités humaines modifient à jamais l’écosystème et la flore indigène. La flore introduite par les Européens s’implante avec force, témoignant de la fonction résidentielle, commerciale et portuaire de l’emplacement. Centre d’import-export, l’îlot Hunt a sans doute été l’un des points d’entrée et de propagation de plantes d’origine eurasiatique.

Peu d’espèces s’ajoutent au 19e siècle, mais les plantes typiques des zones portuaires prolifèrent. La grève semble plus propre, malgré sa végétation de terrain vague. Les végétaux habituellement associés au contenu des latrines, c’est-à-dire les graines et les noyaux de fruits contenus dans les matières fécales et les débris de repas, diminuent considérablement.

Prolifération des plantes introduites

La végétation rudérale de l’îlot Hunt comprend certaines plantes utiles échappées des cultures, par exemple le chanvre, le lin, le houblon et le tabac. Elle inclut également un grand nombre de plantes nuisibles, introduites par les Européens sous forme d’impuretés dans les semences. Parmi ces mauvaises herbes, la nielle des blés, la spargoute des champs et le pétard, associés à un contexte de 1775, causeront de graves problèmes aux agriculteurs du pays. La nielle des blés notamment infeste les cultures de grain et rend le pain impropre à la consommation quand elle est présente dans la farine. Les données archéologiques permettent d’avancer de plus de cent ans l’arrivée de cette plante, qui est attestée seulement au 19e siècle dans les documents historiques et les herbiers.

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Nielle des blés.

Prof. Dr Otto Wilhelm Thomé, Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz, 1885, Gera, Germany, permission d’utilisation sous GFDL par Kurt Stueber.

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